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Modèle d’une Perma-Coop

LA PERMA-COOP

La Perma-Coop est un «écosystème» social et économique durable. Elle est conçue sur une base idéale où la terre agricole devrait demeurer la propriété du pays, donnée à un groupe d’humains en «gérance» ou en «concession» on peut imaginer un bail à long terme, ceux-ci s’impliquent et ensemble produisent dans l’application respectueuse des règles naturelles.

Le mot Perma-Coop vient de l’association de la Permaculture, de la vision des écovillages et des coopératives agricoles.

C’est la superposition de productions et de producteurs sur une même ferme et la coopération en est les fondements. Au lieu d’avoir cinq (5) fermiers sur cinq (5) fermes différentes, ils sont groupés sur une même ferme et s’unissent dans leurs actions et celles-ci profitent les unes aux autres.

Au-delà d’un concept, la Perma-Coop a été conçue et pratiquée pendant 12 ans et a démontré des résultats concrets. L’application des principes de permaculture en est le fondement et les erreurs qui ont été enrichissantes, nous ont toujours ramenés à la question suivante. Comment transférer notre besoin en une fonction naturelle durable?

 

PETIT HISTORIQUE

La faim justifie les moyens, je voyais mon travail sur la ferme augmenter et il fallait que je me rende à l’évidence; il n’y a que 24 heures dans une journée donc une limite de temps et d’énergie. Dans la nature, aucun système ne travaille seul. Ils sont tous en interrelation plus ou moins proche avec d’autres systèmes. Leur viabilité dépend de plusieurs intervenants et de plusieurs interventions.

Nous avons donc créé des systèmes sociaux et économiques à l’image de notre agriculture, c’est-à-dire une monoculture de comportements et de façon de faire qui nous standardisent. À notre naissance, il nous est donné des modes de comportement et nous les suivons. De plus, une vie individuelle a été créée, basée sur la production unique d’une seule fonction. Un plombier, un producteur de céréales, un médecin, etc., l’est toute sa vie, il prend sa retraite et il meurt.

Dans la nature les systèmes ont tous plusieurs fonctions. Un arbre donne des fleurs, des fruits, de l’oxygène, des feuilles pour couvrir le sol et l’enrichir, un abri pour les oiseaux, les insectes, etc. Il fonctionne en interrelation avec d’autres arbres, certains fixent l’azote dans le sol, d’autres font leur travail au niveau des racines.

Sur cette longue observation, l’influence de la Permaculture nous a donné l’idée de voir la ferme comme un écosystème que nous avons essayé d’imiter.

COMMENT ÇA FONCTIONNE?

 

Nous avons pris l’exemple d’une fleur qui n’est pas limité en nombre de pétales. Le concept est complètement basé sur la durabilité et l’autosuffisance. Ce qui veut dire libre des subventions, d’aides ou d’assurances gouvernementales et même d’emprunts bancaires.

  • Chaque pétale représente un champ d’action.
  • Chaque pétale a un «porteur de projet» autonome. (Il gère sa production à sa guise pourvu qu’il suive les conventions et la vision qui ont été créés et acceptées par tous, ex. : biologique, application de la Permaculture, etc.).
  • Chaque pétale apporte au moins trois retours ou ressources à chaque autre pétale.
  • Une grande partie du matériel est mise en commun (tracteurs, tondeuse, pompes, etc.).
  • Les travaux d’entretien du site sont partagés ou payés par le centre (déneigement mécanique, fausse septique, etc.).
  • Certaines dépenses sont aussi couvertes par le centre (assurances, téléphones, taxes, frais de justice (légaux), frais comptables, informatiques, etc.).

ÉCONOMIE ET FINANCES

La Loi de Wilfredo Pareto 20 % effort – 80 % résultats nous a inspirée et s’est avérée juste et fonctionnelle.

Chaque porteur de projet est autonome financièrement…

  • Il suit les conventions et la vision de la ferme (la Permaculture), sa comptabilité est ouverte à tous.
  • Il gère ses propres finances en utilisant le logiciel comptable relié et en
    fonction pour tous.
  • Il rémunère ses propres employés. Ceux-ci sont engagés et remplissent plusieurs fonctions dans différents pétales (système de tâches affichées, l’employé est payé par les différents pétales dans des conditions et des salaires horaires définis et qui peuvent être différents suivant la tâche).
  • Chaque pétale verse 20 % de ses revenus bruts dans le centre et gère son commerce avec le 80 % restant.
  • Le 20 % sert à payer les frais communs de la ferme et une grande partie de la publicité qui sert à chacun. S’il y a des surplus, ils sont soit réinvestis selon la volonté du groupe et du CA. Les sommes sont partagés au prorata des revenus globaux du pétale. S’il y a un déficit, le CA et le groupe trouvent des moyens ingénieux pour compenser et/ou se faire des avances sur la future année.
  • Les états financiers sont présentés à tous annuellement et la planification stratégique de l’année financière suivante est étudiée avec l’ensemble des porteurs de projets et le CA.

Le Comité administratif au centre

  • Il est composé de cinq (5) membres dévoués, choisis parmi la clientèle et ils ont à cœur la mission et la vision de la ferme. Ils n’ont aucune part financière dans l’entreprise.
  • Le CA est souverain, il a le dernier mot par consensus.
  • Ils signent un contrat de confidentialité.
  • Ils ont accès aux états financiers annuels et décident l’acceptation ou les modifications des budgets proposés par l’ensemble des porteurs de projets.
  • Un comptable professionnel est engagé et n’a aucune part dans l’entreprise.

Les points forts

  • Dans son application, il reste, la plus part du temps, aux alentours de 18 % à 20 % de profit net au porteur de projet. Alors que dans une économie conventionnelle un retour de 12 % est considéré comme excellent.
  • De plus, le 20 % donné dans le partage au centre représente un coût moindre que de devoir assumer seul les coûts des biens communs.

Les points faibles

  • Le fait que j’étais propriétaire et que je devais assumer seul les remboursements des emprunts et des intérêts de l’achat de la ferme, créait en moi un stress non partagé. À raison, les porteurs de projets qui atteignaient leurs objectifs dans la projection financière n’avaient pas nécessairement envie de partager ce stress, et c’est compréhensible puisque la philosophie que nous véhiculions était de sauvegarder une qualité de vie et un rythme sain de travail. L’endettement est à prohiber dans ce concept, il nous faudra convaincre nos gouvernements de fournir des terres aux jeunes agriculteurs, sous une forme légale quelconque et leur permettre de fonctionner sans le poids de l’endettement. Sans doute une façon qui pourrait permettre d’assurer la relève de l’agriculture.
  • L’école d’équitation prenait beaucoup de place et était déficitaire. Le porteur de projet vivait à l’extérieur et avait plus à cœur sa passion pour les chevaux que l’ensemble de la Perma-Coop. Cependant, les chevaux étaient un point d’attraction majeur pour les visites éducatives des écoles.

EXEMPLES CONCRETS

LA FERME ÉQUESTRE MONT-ROUGE

La Ferme Équestre, l’école d’équitation et la pension de chevaux étaient déjà installées et nous avons continué à la faire fonctionner avec un porteur de projets. Concrètement, elles apportaient une clientèle aux paniers ASC, les chevaux tondaient l’herbe des vergers, le fumier de cheval faisait un compost excellent pour régénérer les sols et à la longue il était vendu. Lors des événements et comme la Fêtes des récoltes, les pensionnaires et enfants participaient aux activités. Les jeunes cavaliers étaient une aide précieuse pour les visites éducatives.

LES VISITES ÉDUCATIVES

Les visites éducatives étaient le pain et le beurre de la ferme. Elles apportaient une source de revenus intéressants qui nous permettaient de rembourser la banque. En plus, les élèves retournaient à la maison avec notre publicité, ce qui permettait de fournir des clients et visiteurs pour des cours d’équitation, pour des partenaires de paniers ASC, la vente de jus de pommes et de pommes et de produits transformés, etc.  

LES PANIERS ASC

Les paniers ASC (l’Agriculture Soutenue par la Communauté). Nous étions avec l’organisme Équiterre qui gérait l’ensemble des ASC du Québec. L’agriculture nourrissait tous les pétales : 

  • le restaurant pour nourrir les participants des ateliers;
  • la boutique avec les produits transformés;
  • les enfants en visites avec l’éducation de l’écologie et des produits biologiques;
  • les chevaux mangeaient les pommes déclassées et certains légumes;
  • toutes les personnes présentes qui travaillaient étaient nourries par le jardin le midi, repas que nous prenions ensemble.

LA CUISINE DE TRANFORMATION

La cuisine de transformation donnait 12 % de ses revenus au jardin et au verger. Les repas étaient faits avec les légumes frais du jour disponibles. Un minimum d’ingrédients était acheté à l’extérieur. Ceci apportait un retour intéressant pour l’agriculture puisque les produits transformés étaient déclassés, donc un revenu pour cette deuxième qualité.

LES ATELIERS ET SÉMINAIRES

Les ateliers et séminaire apportaient des revenus intéressants au restaurant, à la boutique de produits de la ferme, une clientèle à l’école d’équitation et aux paniers ASC. Plusieurs parents invitaient l’école de leurs enfants à faire une sortie éducative à la ferme et tout ce beau monde revenait chaque fois qu’ils étaient invités par courrier électronique pour des événements occasionnels (Fête des récoltes, cabane à sucre bio et végétarienne, spectacles équestres, et d’autres.)…  

Le 20 % versé dans le centre est moins élevé pour une entreprise que si celle-ci devait payer l’investissement lié aux coûts d’achat du terrain et des bâtiments. Les coûts investis pour chercher une clientèle, pour livrer les produits, sont ici partagés.

Les points forts de la Perma-Coop avant tout sont de recréer un travail communautaire en symbiose. L’agriculture écologique ne peut se faire qu’avec un groupe d’humains solidaires qui travaillent ensemble. La machinerie a substitué la compréhension de ce principe de base. De plus, le fait de superposer sur une même ferme plusieurs productions diminue l’impact écologique, de ces fermes en monoculture ou en élevage unique. Mais plus encore, la Perma-Coop peut aider dans le futur en :

  • recréant une relève agricole. La moyenne d’âge des agriculteurs au Canada est de 60 ans et plus. Les jeunes élèves qui sortent des écoles d’agriculture ont peu d’espoir de posséder leur terre un jour, sauf s’ils s’endettent bien sûr. Le coût des ouvriers agricoles payés à l’heure ne peut pas améliorer la situation financière de l’entreprise. Même les ouvriers qui viennent du Mexique et d’ailleurs sont d’un coût trop élevé;
  • recréant une économie locale, la Perma-Coop devient la ferme des familles avoisinantes qui soutiennent la responsabilité de produire sainement et de nourrir adéquatement les futures générations;
  • recréant l’habitude d’une consommation locale nous diminuerons l’impact provoqué par l’importation de nourriture des régions et des pays éloignés; donc une diminution de pollution et d’impacts environnementaux;
  • recréant une agriculture artisanale sur des fermes de moyennes productions diminueront aussi l’impact écologique.

Il est évident que la Perma-Coop est une structure de base et que celle-ci doit et peut s’adapter suivant les situations au cas par cas. Plusieurs points devaient être étudiés; cette situation entre deux mondes empêchait l’évolution du concept. Par exemple, comment organiser une succession? Comment abandonner ou vendre un pétale sans nuire aux revenus du groupe, les assurances individuelles, professionnelles, etc.?

On peut rêver et imaginer une participation de nos gouvernements, après tout, il en va de l’avenir de l’agriculture. Par exemple en installant un conseillé qui chapeauterait plusieurs Perma-Coop dans leur démarrage et l’installation de systèmes pour améliorer le rendement puisque celui-ci est important pour l’avenir d’un pays.